Si vous avez une ou plusieurs petites filles, vous leur avez probablement déjà acheté des culottes. Mais aviez-vous déjà réalisé à quel point cet acte banal pouvait cacher du sexisme et influencer leur sexualité future?

Nous allons voir dans cet article comment le choix d’un sous-vêtement pour enfant véhicule un message caché et souvent sexiste.

Et comment aider nos filles à développer une relation plus harmonieuse et plaisante à leur corps. De manière à, plus tard, profiter d’une sexualité heureuse et équilibrée.

 

sexisme

 

Nous sommes tous le fruit d’une éducation.

  • Nos parents et grand-parents,
  • La société dans laquelle nous vivons,
  • Les gens que nous fréquentons et avec qui nous discutons,

influencent notre vie, nos croyances et nos valeurs. Petit à petit, d’influence en influence, nous nous construisons une personnalité.

Le Larousse définit le sexisme comme ” une attitude discriminatoire fondée sur le sexe”.

C’est à dire, le fait d’agir différemment avec deux personnes uniquement parce qu’elles n’ont pas le même sexe.

Et c’est dans l’enfance et plus particulièrement dans l’intimité des petites filles et des petits garçons que le sexisme se retrouve en premier.

 

 

Pourquoi acheter une culotte à une petit fille peut être sexiste ?sexisme culotte

 

Prenez le temps, la prochaine fois que vous ferez vos courses de passer par le rayon sous-vêtements pour enfants. Vous pouvez aussi comparer les pages petits garçons et petites filles du site de La Redoute ou de Kiabi.

Vous y trouverez des slips, boxers et caleçons pour les petits garçons et des culottes ou des shortys pour les petites filles.

En observant plus attentivement ces sous-vêtements vous constaterez probablement deux choses:

  • Des choix de couleurs très différents (du rose, bleu clair, blanc, des teintes claires pour les filles…Et du noir, gris, marron, avec des teintes plutôt foncées pour les garçons).
  • Des motifs décoratifs également très différents (des super-héros pour les garçons, des coeurs, princesses, licornes et autres pour les filles…).

Alors que cela semble naturel tant nous y sommes habitués, ce sont en fait là deux critères de discrimination et de sexisme très forts. Des facteurs qui peuvent avoir une influence sur la relation qu’auront plus tard nos enfants (et particulièrement nos filles) à leur corps et à leur sexualité.

 

 

Les motifs témoins d’un sexisme transmissexisme filles

 

Les petits garçons vont donc porter des boxers, slips ou caleçons généralement décorés d’un super-héros. Symbole de puissance, de combativité et de pouvoir.

Et où se niche toutes ces valeurs? En plein sur le sexe. Rarement sur la hanche ou la fesse. Et si le motif est présent ailleurs, c’est qu’il est présent sur tout le sous-vêtement.

La façon dont nous habillons une partie de notre corps est révélateur du lien que nous avons avec elle. C’est une façon de nous l’approprier, de construire notre image.

Parfois la mettre en valeur, la sexualiser, en être fier ou en faire l’objet du désir. Parfois au contraire, la cacher, la désinvestir, ne pas lui accorder de signification particulière et juste la protéger physiquement.

Le super-héros avec toutes les valeurs qu’il représente pour la majorité des petits garçons est un symbole fort qui va les aider à s’approprier ce que le boxer dissimule. Il va passer inconsciemment un message “ce qui se passe ici est puissant, combatif, fort. Tu peux en être fier…”

Les petites filles, elles, se promènent avec des culottes associées à des messages très différents. Le sexisme y est présent:

  • Petits coeurs: “Ce qui se passe dans cette zone est obligatoirement une histoire d’amour et de sentiments. Il n’y a pas de place pour autre chose…”
  • Princesses asexuées: “Si tu es belle, que tu as une jolie robe, tu vas trouver le prince charmant”
  • Licornes et autres objets imaginaires: “Tout ce qui se passe dans cette zone est imaginaire. Il n’existe rien de réel, ce n’est qu’une illusion…”

 

Bien-sûr, dans l’intérêt de la démonstration je grossis volontairement le trait. Mais si vous y prêtez attention, vous remarquerez quand même une nette différence entre les deux sexes.

Sans même le vouloir, nous orientons déjà le lien au corps et la relation à la sexualité des nos  garçons et de nos filles.

Et ce sexisme est renforcé par le choix des couleurs.

 

 

En quoi la couleur des culottes de petite-filles est-elle sexiste ?culotte et sexisme

 

Sans même parler de la caricature “rose pour les filles, bleu pour les garçons”, il est intéressant de se pencher là encore sur le message subliminal véhiculé par ce bout de tissu.

Est-il surprenant qu’un enfant qui apprenne la propreté ait, en fin de journée, des salissures dans son sous-vêtement? Même un adulte ? Non..C’est une zone qui vit…

Seulement, le soir, le petit garçon va mettre à laver son slip ou son boxer marron, gris ou bleu marine sans qu’on y voit vraiment d’éventuelles salissures. Pour la petite fille avec sa culotte claire ou blanche, la moindre salissure sera évidente.

 

On fait involontairement peser sur les filles, dès la petite enfance, une pression hygiéniste. “Attention ! On te surveille ! Es-tu propre ?”.

 

Pression hygiéniste héritée de nos conditionnements judéo-chrétiens et qui perdure jusqu’au mariage avec sa robe blanche, symbole de pureté (et donc de virginité)… Mais aussi sous d’autres formes.

Le message “le sexe c’est sale” reste très présent dans l’imaginaire collectif.

 

Générant même parfois une tendance à des comportements contre-productifs (trop d’hygiène intime peut provoquer des problèmes gynécologiques, vulvodynies et autres).

De même, dans certains cas, l’image que la femme se fait de son sexe et de la sexualité peut générer un blocage psychologique à l’origine du vaginisme.

Dans tous les cas de figure, il est difficile de profiter pleinement de quelque chose, qu’une part de nous considère comme sale.

Ce sexisme hygiéniste se retrouve également dans le langage.

En argot, on peut entendre l’expression “les pissouses”, sous-entendu “ça sent la petite fille qui se néglige”…

En argot toujours, les petits garçons eux, sont des “branleurs”. Sous-entendu:

  • Une petite fille doit faire attention à son hygiène pour ne pas sentir mauvais.
  • Un garçon doit se masturber. Même s’il n’y pensait pas, il y a une quasi-injonction. Qu’on retrouve à l’âge adulte car 90 à 95% des hommes déclarent se masturber occasionnellement ou régulièrement.

 

Savez-vous que, dans ce domaine,  les requêtes les plus tapées sur Google, sont liées à des inquiétudes pour les garçons sur la taille de leur sexe et pour les filles sur l’odeur de leur vagin ? (a égalité en terme de quantité)

 

 

Comment lutter contre ce sexisme inconscient et aider les filles à avoir une meilleur relation à leur corps et à la sexualité ?culotte et sexisme

 

La prochaine fois que vous achèterez des culottes à votre fille, pourquoi ne pas choisir avec elle quelque chose qui sort des “sentiers battus” ? Et faire de cet achat quelque chose d’aussi important que d’acheter un autre vêtement ?

  • Des culottes colorées, avec des couleurs vives et joyeuses: “Ce qui se passe ici est sympa et ludique”.
  • Mais aussi des culottes Disney, coeur ou licornes si elle aime cela. “Tu as le droit de changer d’opinion ou d’envie selon les jours. La variété est importante aussi et c’est ton choix”.
  • Peut-être éviter les couleurs trop claires, plus salissantes (je ne parle même pas des culottes avec les jours de la semaine marqués dessus !?…)
  • L’aider à être fière de sa culotte, de son corps, se trouver jolie dedans.
  • Et ne pas oublier qu’un enfant fonctionne avant tout par identification du parent du même sexe…

Cela peut paraître anecdotique mais c’est comme cela que nous formerons des générations de femmes qui auront une meilleure relation à leur corps, à leur sexualité et à leur plaisir.

Qui vont se construire en étant fières de ce qu’elles sont, de leur corps et de ce qu’elles peuvent faire avec.